mardi 17 avril 2012

Interview de Marie Pavlenko par Audrey





Comme vous le savez sûrement Alily et moi sommes tombées sous le charme de la série jeunesse Le Livre de Saskia de Marie Pavlenko.

Personnellement, j’ai tellement été sous le charme du deuxième tome, L’épreuve,  sorti mi-mars, que si tôt terminé je me suis ruée à la recherche d’infos… J’ai ainsi découvert le blog Le Livre de Saskia, où il est très aisé de contacter Marie.

Ni une ni deux, ma demande d’interview lancée, Marie me répondait illico ! Quelle efficacité ! Mais surtout quel plaisir de découvrir des auteurs français si abordables !!!

Voici donc, pour vous, quelques questions auxquelles Marie Pavlenko nous fait la joie de répondre, un grand merci à elle :



Audrey : Comment as-tu eu le déclic de te mettre à l’écriture ?

Je ne sais pas si on peut parler de « déclic ». En l'occurrence, ce serait plutôt une opportunité. J'ai été journaliste dans la presse écrite pendant plus de quatorze ans (je le suis toujours un peu), j'ai donc écrit sans discontinuer pendant cette période, sur tout et n'importe quoi, dans des quantités astronomiques (j'étais pigiste, c'est-à-dire indépendante). Mais il me manquait quelque chose. Lorsque j'ai été enceinte de mon deuxième enfant, j'ai décidé de bifurquer, de revenir à ce qui me « hantait » : les histoires. J'avais une idée un peu floue, quelques images qui me trottaient dans la tête – une jeune fille à la peau laiteuse, aux cheveux blonds vénitiens, des personnages ailés, des impressions, des paysages. J'ai rencontré Jean-Paul Arif, l'éditeur de Scrineo. Je lui en ai soufflé deux ou trois mots. Et il m'a dit banco.



Audrey : Pour quelles raisons écrire pour la jeunesse ? Cela fait-il une différence pour toi ?

J'ai peur de dire des choses bien plates et banales, mais c'est comme ça :) J'en lis, je m'y retrouve, ça résonne avec une partie de moi. C'est instinctif, naturel, je ne me pose pas de question.



Audrey : Comment t’est venue l’idée de départ de cette histoire ?

Je voulais écrire une histoire de fantasy qui s'enracine dans notre monde contemporain, avec une héroïne jeune que l'on voit changer, grandir, se métamorphoser. Et je voulais des créatures ailées, pour les sensations, les images. Ensuite, j'ai pensé à un « concept » (même si le mot peut paraître froid et inapproprié) global. Mais lorsque je me suis mise à écrire, il s'agissait d'un tout petit petit petit bébé innocent. L'histoire est née page après page.



Audrey : Lorsque tu écris, as-tu besoin de te mettre dans une atmosphère bien particulière ? Ecris-tu uniquement chez toi ? As-tu des habitudes incontournables ?

Je suis une mamie : j'adorerais raconter que je m'installe à une terrasse ou dans un café rock'n'roll, et que là, je suis touchée par la grâce, transcendée par l'atmosphère électrique qui règne autour de moi, cette vie si palpable, palpitante... Mais non. Je suis incapable d'écrire mes romans autre part que seule chez moi, sans personne dans les parages. Je peux écrire des articles et des scénarios au café. Mes livres, non. J'ai des tics : je bois des litres et des litres de thé, je mange énormément de chocolat noir (entre une demi-plaque et une plaque chaque jour !!), j'écoute de la musique parce qu'elle m'aide à m'immerger. Enfin, rien de très original, je crois :)



Audrey : Comment trouves-tu l’inspiration pour mettre des mots, des noms à ce qui compose cet univers ? Je pense aux prénoms (bon j’ai une petite idée pour Eolas), aux noms des armes, à kartan, arush, néméku, et autres termes si particuliers…

C'est très variable, mais je trouve toujours le nom au moment où je dois l'utiliser la première fois. Jamais avant. Quand j'ai commencé à écrire Saskia, je ne savais pas comment s'appelaient les créatures :) Pareil pour les personnages – sauf Saskia, elle c'était évident. Ils commencent à exister quand je les rencontre, quand ils se confrontent les uns aux autres, à l'univers, aux actions. Kartan est un mot que j'ai inventé, il est venu, je l'ai pris. Mais je puise aussi dans des langues étrangères ou anciennes, l'hindi, le japonais, l'akkadien, l'arabe littéraire... Je pioche, je combine, je farfouille, je m'amuse (je rappelle que je suis toute seule chez moi avec mon thé et mon chocolat, hein, alors on fait ce qu'on peut...) :)



Audrey : Il est incontestable, que malgré le caractère imaginaire de ce roman, le lecteur se retrouve dans beaucoup de situations et de personnages. T’es-tu inspirée de moments vécus, de choses du quotidien ou de personnes réelles ?

Absolument pas. En tout cas, il n'y a rien de conscient dans le processus. J'ai forcément « engrangé » des sensations, des souvenirs, des choses qui m'ont nourrie, mais je ne les ai pas relatées de façon réfléchie. Aucun de mes personnages ne ressemble à quelqu'un de vivant (sauf Tod, un peu, c'est vrai), ils sont eux, en dehors de toute contingence ou de référence extérieure. Idem pour les situations. J'essaie juste de faire en sorte que les personnages ne soient jamais monolithiques, c'est-à-dire qu'ils soient « tout méchant », « tout gentil », « tout transparent »... Parce que mon objectif est celui-ci, justement : qu'ils trouvent une résonance dans la vraie vie et dans sa complexité, avec ses nuances, ses pièges, ses illusions.



Audrey : Saskia a-t-elle un peu de toi ? Moi j’y vois une ressemblance physique, non ?

Oh non, Saskia est bien plus jolie et forte que moi ! Bon, évidemment, elle doit avoir certains aspects de moi, mais tous les personnages en ont, je crois. Tod en a, Mara en a, Jenna, Arbelle, Volund, Gwen en ont ! Mais ils sont aussi et avant tout eux-mêmes. Ils réagissent à leur manière aux événements auxquels ils sont confrontés. Ils sont très indépendants, au fond ! Je les regarde avancer et je fais de mon mieux les suivre...



Audrey : As-tu déjà imaginé l’ensemble de l’histoire, sa fin y comprise, dès le départ ? Ou prends-tu des chemins au fur et à mesure de ton écriture ?

Quand je parlais de « concept », plus haut, c'est ça : il y a un fil conducteur à cette trilogie, une idée de fond. Je l'avais dès le départ. Et j'avais aussi la résolution (pas dans ses détails) en tête. Mais c'est une trame très générale. J'écris en aveugle. Ça me terrifie mais je crois aussi que ça m'aiguillonne. Et puis, pour être honnête, je ne sais pas faire autrement. J'ai besoin d'avancer à tâtons et de voir comment mes personnages s'en sortent, ce à quoi ils se cognent.



Audrey : J’ai lu tes références littéraires : Roald Dahl, Tolkien, et l’incontournable Victor Hugo. Peux-tu nous parler de tes autres références, en cinéma, BD, arts…

Oui, alors... L'autre influence de taille pour moi, c'est l'animation. Je l'ai découverte dans toute sa splendeur en travaillant sur mon mémoire de maîtrise en lettres modernes. J'étudiais Le Roi et l'Oiseau, j'ai été amenée à rencontrer des gens qui avaient travaillé avec Paul Grimault, le réalisateur, et ma vie a changé. J'ai mis les pieds dans un univers foisonnant, j'ai mesuré la folie, le génie, l'imagination débordante des animateurs (quelqu'un comme Bill Plympton, par exemple, ou Frédéric Back qui fait des films sublimissimes), la palette merveilleuse de ce genre trop méconnu et délaissé par les adultes, je suis tombée amoureuse de l'anime japonaise. L'année suivante, je suis allée au Festival d'Annecy (en 1997) qui est un des événements les plus conviviaux et merveilleux que je connaisse. Je lis aussi beaucoup de BD, et de tout : de l'héroïc fantasy, de la SF, Leo, Jiro Taniguchi, Guy Delisle, Gotlib, j'adore des séries comme De Cape de de Crocs, Monsieur Jean, je suis amoureuse de Calvin et Hobbes, je raffole des mangas (One piece, Fairy Tail, Yotsuba, Une Sacrée mamie, Death Note...). J'aime les films d'auteurs confidentiels et les grosses productions qui explosent. J'ai des goûts assez éclectiques, en fait :)



Audrey : As-tu le temps d’exercer une autre activité, professionnelle, sportive, ou artistique ? Ou l’écriture prend-elle tout ton temps ?

Je fais encore quelques piges et j'écris de temps en temps des scénarios (TV, animation, ciné). Je travaille sur une Bande Dessinée en ce moment, qui me tient beaucoup à coeur, et qui devrait être super, hein, voilà, je le dis en toute modestie (ah ah !). Elle sera dessinée par Teresa Valero, qui a un coup de crayon fabuleux, et raconte les aventures quotidiennes d'une maman un peu hystéro qui écrit chez elle et de ses deux enfants... Quoi qu'il en soit, je ne fais qu'écrire, mais dans des domaines et des styles très différents. Sinon, je fais du yoga, du tir à l'arc et quand j'ai un moment, je joue du piano. J'aime aussi exercer une activité sympa qui s'appelle : boire des coups et bien manger avec les copains...



Audrey : T’es-tu exercée à voler (sans ailes, mais avec des moyens modernes, ah ah !) pour t’imprégner des sensations de ton héroïne ?

Ah, ah, c'est une excellente question !! La réponse est non, j'aurais adoré faire un baptême de l'air en deltaplane ou parapente, par exemple, mais je n'en ai jamais trouvé l'occasion. En revanche, je me suis beaucoup interrogée, c'est vrai, j'ai mûrement « pensé » les sensations. Et je crois avoir déniché des parallèles : le scooter le nez au vent, l'accrobranche quand on se jette d'un arbre sur une poulie, ou les « grand huit » des foires. La somme de ces expériences là (plus un poil d'imagination) m'ont aidée. J'ai eu la chance d'être en contact avec des parapentistes qui m'ont aussi parlé de leur pratique. J'ai regardé des films d'oiseaux, beaucoup, et je les ai observés. Je le fais toujours d'ailleurs. Dès que je vois un oiseau, je regarde comment il vole, comment il vire, plane, pique ou utilise ses ailes. Si vous croisez quelqu'un dans Paris qui s'esbaudit en regardant un corbeau atterrir sur un poteau, c'est moi !



Audrey : Peux-tu nous donner un petit quelque chose pour nous aider, à tenir jusqu’à la sortie du tome 3 ? Un indice, une info rassurante sur les personnages ? Bref un petit os à ronger !

Ouh la !!! Euh... je crois que je ne suis pas en mesure de rassurer... parce que le tome 3 risque de ne pas être très rassurant... Et ça, ce n'est pas un petit os madame, c'est au moins un fémur !



Audrey : On est tous en attente d’une date pour le tome 3. Fais-nous plaisir et dis-nous qu’il arrive bientôt ?

Il arrive, mais pas tout de suite. En réalité, j'écris un autre livre avant, qui n'a rien à voir avec Saskia. Comprenez-moi bien : un tome 3 doit être plus fort que les précédents. Il clôt l'histoire, il doit exploser. Le livre sur lequel je travaille actuellement est un tome unique, qui condense tout ça. Je préfère commencer par lui. J'en ai besoin avant d'entamer l'écriture du tome 3. Et puis, je l'ai déjà dit, mais je suis une sale égoïste. Maintenant que ça s'approche, je crois que j'ai du mal à quitter Saskia, Tod, Mara, Jenna, Arbelle, Gwen, Niels. Je sais qu'une fois le tome 3 écrit, je ne les reverrai plus. Alors je fais durer un peu... Je ne prendrai pas non plus des années, puisque mon objectif c'est 2013, avec une nette préférence pour le deuxième trimestre, mais bon, je ne peux rien promettre, d'autant que ça ne dépend pas que de moi.



Audrey : On espère aussi que ton inspiration ne s’arrêtera pas après Saskia. As-tu d’autres projets d’écriture ?

Alors il y a ce livre Young Adult aux éditions Le Pré aux Clercs dont je viens de parler. Ensuite... j'ai quelques idées, mais elles sont vagues. Je crois que j'ai encore un peu le temps :)

9 commentaires:

  1. j'ai beaucoup aimé les livres que Marie a ecrit alors j'ai aidé ma tante Audrey pour l'intervieuw car j'avais des questions qui me tenaient vraiment a coeur !! en tout cas l'auteur a l'air très sympa, je trouve ...
    je suis juste un peu deçue que le tome trois ne sorte pas dessuite !!!

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  2. pour commencer de tient a dire que j'adore cette trilogie et que je suis tres deçu que le tome 3 ne sorte pas tout de suite ( en 2013 au secour !!). j'ai bien aimé l'interview l'auteur a l'air très gentille. :) je tient a dire aussi que j'ai aidé audey a faire les questions pour l'interview :p j'attend le tome 3 avec impatience !

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  3. Je crois que je n'aurais jamais assez d'interview de Marie Pavlenko.

    Tes questions sont supers, les réponses également! C'est bête à dire, mais l'entendre parler de l'écriture et de Saskia me fait carrément replonger dans le livre, comme si ça le rendait plus ''vrai''

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  4. Oui Marie a été adorable et très efficace.
    Merci Samlor, j'avoue que je me suis tracacée un peu pour ne pas poser, toujours les mêmes questions. Et puis mes nièces ci-dessus, complètement accros aux livres, m'ont aidée. A nous 3 on a formé un bon club de "fan de Marie"!
    Et je confirme, comme elles, que ça va être long...2013, je ne suis donc pas prête d'êrte rassurée!

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  5. Je suis une fan inconditionnelle de Marie. Et c'est, en plus d'être une auteur talentueuse, une personne d'une simplicité déconcertante et d'une infinie gentillesse.
    J'ai adoré cette interview qui a finit de répondre à toutes mes questions coincées sur le bord de mes lèvres.
    Merci beaucoup

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    1. Mince j'ai oublié de me nommer (hihihi)

      Karine :)

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  6. Ahhh et moi qui n'est pas encore acheté le tome 2 (honte à moi ;) ) !!!!!

    En tt cas @audrey, belle interview ;) :)

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  7. Je vais le lire, ça c'est sûre !! Mais faut juste que je trouve le temps pour lire celui-là, car j'en ai d'autres qui m'attendent !!!!! lol

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